Refaire le parquet d’un appartement ancien : les questions à se poser

Refaire le parquet d’un appartement ancien : les questions à se poser

Dans beaucoup d’appartements parisiens anciens, le parquet est la première chose qu’on remarque à la visite, et la première qu’on veut refaire après la signature. Lames grises, joints noircis, quelques planches qui grincent devant la cheminée : le diagnostic semble évident. Pourtant, entre la remise en état d’un chêne centenaire et la pose d’un parquet neuf, les écarts de budget, de délai et de résultat sont considérables. Quelques questions posées dans le bon ordre évitent de se tromper de chantier.

Le parquet existant est-il vraiment à remplacer ?

Un parquet en chêne massif cloué sur lambourdes a été conçu pour être poncé plusieurs fois au cours de sa vie. Sous un vitrificateur jauni ou une vieille moquette, on retrouve souvent un point de Hongrie ou des bâtons rompus en bon état, avec seulement quelques lames abîmées près des fenêtres ou des radiateurs. Celles-ci se remplacent par des lames de récupération de même essence et de même section, que l’on trouve chez les revendeurs de matériaux anciens. Les grincements, eux, viennent le plus souvent d’une fixation qui a pris du jeu, et se traitent en reclouant ou en revissant localement.

Avant de condamner un sol, il vaut donc la peine de profiter d’une lame déjà déposée ou d’un seuil de porte pour mesurer l’épaisseur de bois restant au-dessus de la languette. Tant qu’il en reste assez, un ponçage complet suivi d’une nouvelle finition rend au parquet son aspect d’origine, pour une fraction du prix d’un sol neuf. C’est aussi le seul moyen de garder le motif d’époque, auquel beaucoup d’acheteurs restent attachés.

Que prévoit le règlement de copropriété pour les sols ?

C’est la question la plus souvent oubliée, et celle qui coûte le plus cher quand elle arrive après les travaux. Remplacer une moquette par un parquet, ou un parquet cloué par un parquet collé directement sur la dalle, change la transmission des bruits de pas vers l’appartement du dessous. Beaucoup de règlements de copropriété encadrent le remplacement des revêtements de sol et imposent une isolation phonique, parfois une autorisation préalable. En cas de gêne, le voisin peut invoquer le règlement ou le trouble anormal de voisinage, et un sol qu’il faut déposer pour glisser une sous-couche, c’est un chantier à recommencer.

La démarche est simple : relire le règlement, interroger le syndic, puis choisir une sous-couche acoustique dont les performances sont documentées par le fabricant. Dans les immeubles anciens à planchers bois, où les bruits voyagent facilement, mieux vaut viser large.

Massif ou contrecollé ?

Si le remplacement s’impose, le choix se fait d’abord sur la structure de la lame. Le parquet massif est taillé dans une seule pièce de bois sur toute son épaisseur ; il se ponce de nombreuses fois mais réagit davantage aux variations d’humidité. Le contrecollé associe une couche d’usure en bois noble à un support plus stable ; il est en général plus à l’aise sur un plancher chauffant, à condition d’être déclaré compatible par le fabricant, mais le nombre de ponçages possibles dépend de l’épaisseur de cette couche. À motif égal, regardez ce chiffre avant le prix.

Clouée, collée ou flottante ?

Le mode de pose engage presque autant que la lame. Clouée sur lambourdes, la méthode traditionnelle des immeubles haussmanniens, la pose garde un sol vivant et réparable. Collée, elle est plus stable mais difficile à défaire. Flottante, sur une sous-couche, elle est la plus rapide, mais sonne creux si la sous-couche est mal choisie. Quant aux motifs, on confond souvent les deux grands classiques : dans le bâton rompu, les lames sont coupées à angle droit et s’assemblent en zigzag ; dans le point de Hongrie, leurs extrémités sont taillées en biais et dessinent des chevrons continus.

Combien de mètres carrés faut-il commander ?

Le métré d’un appartement ancien réserve des surprises : alcôves, embrasures profondes, couloirs biais, murs qui ne sont pas d’équerre. Ce dernier point compte particulièrement pour un point de Hongrie, dont l’axe souligne sans pitié le moindre défaut de parallélisme. Pour ce travail, on trouve en ligne des calculateurs pour préparer un projet, qui permettent d’additionner les zones d’une pièce et de contrôler l’équerrage par les diagonales avant même l’arrivée du poseur. Si les deux diagonales d’une pièce rectangulaire diffèrent de plusieurs centimètres, il faut décider où cacher le décalage, en général le long du mur le moins visible.

À la surface mesurée, on ajoute une marge de chutes : on prévoit couramment 5 à 10 % pour une pose droite, davantage pour une pose en diagonale ou un motif à chevrons. Les cartons doivent ensuite séjourner quelques jours dans la pièce, selon les consignes du fabricant, pour que le bois se mette à l’humidité du logement. Même ainsi, un massif posé en plein été se rétracte quand le chauffage reprend : quelques joints fins apparaissent en hiver et se resserrent au printemps. C’est le comportement normal du bois, pas un défaut de pose.

Quelle finition choisir, et à quel moment du chantier ?

Le vitrificateur forme un film résistant, facile à entretenir au quotidien ; en contrepartie, une rayure profonde oblige souvent à poncer toute la pièce pour retrouver un aspect homogène. L’huile pénètre dans le bois, donne un rendu plus mat et se répare localement, mais demande un entretien régulier. Dans une entrée ou une cuisine ouverte, le vitrificateur rassure ; dans une chambre ou un séjour peu exposé, l’huile vieillit avec plus de charme.

Côté planning, le ponçage produit une poussière fine qui se dépose partout. Il se fait donc avant la dernière couche de peinture, et la finition du parquet arrive en toute fin de chantier, une fois la poussière retombée. Pensez aussi aux portes : un parquet neuf posé sur l’ancien, ou sur une sous-couche, rehausse souvent le sol d’un à deux centimètres, et il faudra parfois raboter les bas de porte et reprendre les seuils.

Un dernier conseil, que l’on regrette souvent de ne pas avoir suivi : gardez un ou deux cartons de lames du même lot à la cave ou dans un placard. Le jour où une fuite abîme quelques mètres carrés, retrouver la même référence, la même teinte et le même calibre plusieurs années plus tard relève de la chance.